Imprimer
 

S’affirmer et s’unir pour faire route ensemble

Mario Dumont, député de Rivière-du-Loup et chef de l'opposition officielle

2008-05-22, 16:39

Le chef de l'opposition officielle, M. Mario Dumont, a fait la déclaration suivante, aujourd’hui, à l’Assemblée nationale du Québec, à la suite de la publication du rapport de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles.

Depuis maintenant plus d’un an, le débat sur les accommodements raisonnables a cours au Québec. Les dirigeants politiques ont pu faire valoir leur point de vue lors de la dernière campagne électorale. Dès le départ, l’ADQ a fait connaître sa position : des valeurs communes telle l’égalité entre les hommes et les femmes ne sont pas négociables. La Commission Bouchard-Taylor, mise sur pied par le gouvernement libéral, a sillonné le Québec pendant des mois. De façon responsable, l’ADQ a sagement évité de politiser le débat pendant les travaux de la commission. Nous avons fait le choix de laisser la parole aux citoyens du Québec. Il s’agissait pour nous d’une démarche citoyenne. Des Québécois de partout se sont fait entendre. Cela a permis d’illustrer la maturité du peuple québécois. 

À l’heure du dépôt du rapport, il appartient maintenant aux élus d’assumer le leadership qui s’impose pour unir les Québécois derrière une vision commune de leur avenir. Il appartient aux élus de tracer la ligne, d’affirmer l’identité québécoise et de proposer les mesures qui permettront au Québec de réussir pleinement l’intégration de ceux et celles qui l’ont choisi. Il appartient également aux élus d’agir pour que le destin du peuple québécois s’enrichisse de l’apport de nouveaux arrivants, tout en donnant à ceux-ci le goût de contribuer à ce que nous sommes comme peuple. Nous le devons à ceux et celles qui habitent le Québec d’aujourd’hui. Nous le devons à ceux et celles qui nous ont précédés. Nous le devons, surtout, aux générations qui nous suivront. 

Le destin du Québec est intimement lié à sa géographie; seul État francophone d’Amérique du Nord, entouré d’un océan anglophone.  Le gouvernement du Québec a le devoir de veiller à ce que notre société s’appuie sur une identité forte et stimulante qui suscite l’adhésion. Le Québec constitue l’une des sociétés d’accueil les plus ouvertes et les plus tolérantes. L’ouverture n’est cependant pas synonyme d’à-plat-ventrisme. En choisissant le Québec, on choisit une société distincte en Amérique, une nation fière de son histoire, de sa langue et fortement attachée à des valeurs communes ainsi qu’à ses institutions. 

L’interculturalisme implique un dialogue entre les citoyens adhérant à une culture normative et les citoyens issus de cultures différentes.  Tout en insistant sur la notion d’interculturalisme, le rapport de la Commission Bouchard-Taylor néglige un aspect fondamental de celle-ci.  Le rapport demeure muet quant au renforcement de la culture normative qui correspond à celle de la majorité francophone.  Or, pour être porteur, l’interculturalisme québécois doit reconnaître l’existence de marqueurs d’identité tant sur le plan de nos institutions, de nos valeurs communes que sur le plan socioculturel.  

Une démarche autonomiste

Dans cet esprit, nous proposons une démarche autonomiste qui repose sur trois axes fondamentaux. Le premier est de nature interne et vise à doter le Québec d’une véritable épine dorsale. Le deuxième vise à s’assurer que la réalité du Québec soit prise en compte par les institutions fédérales. Enfin, nous considérons que sur le plan administratif, le gouvernement du Québec doit édicter une politique claire pour doter les gestionnaires publics de balises en matière d’accommodements.

Une constitution québécoise - Depuis plusieurs années, l’ADQ milite pour que le Québec se dote de sa propre constitution interne. Une constitution, c’est comme une carte de visite qui illustre au monde ce que nous sommes. Une constitution permet d’affirmer les valeurs partagées par les membres d’une société. Une constitution, c’est aussi un acte fondateur structurant pour l’avenir d’une société. Nous avons toujours défendu l’idée que pour être adoptée, une constitution doit chercher à unir. Toute démarche en ce sens doit être résolument non partisane. En ce 400e anniversaire de la fondation de Québec, je tends la main au Premier ministre pour que se réalise ce projet qui était d’ailleurs au cœur du programme constitutionnel libéral, et ce, dès la fin des années 60.

La reconnaissance du Québec - Malheureusement, le rapport Bouchard-Taylor évacue trop rapidement la dimension canadienne de la problématique des accommodements.  Or, force est de constater que la Constitution de 1982, imposée au Québec sans le consentement de notre Assemblée nationale, a eu des effets déstructurants beaucoup plus importants que nos dirigeants de l’époque ne pouvaient l’imaginer. À cet égard, l’objectif sous-jacent à l’article 27 (1)  de la Charte canadienne des droits et libertés ne correspond pas adéquatement à la réalité du Québec. Nous souhaitons qu’il soit amendé formellement pour que l’on y retrouve une reconnaissance constitutionnelle de la nation québécoise, que le Québec constitue une société d’accueil ainsi que de la claire prépondérance de la langue française sur le territoire québécois.

Un leadership gouvernemental - La composition de la société québécoise évolue. Le visage du Québec a changé. Depuis trop longtemps, on a laissé les gestionnaires publics seuls devant des situations d’accommodements, sans pour autant leur donner des balises auxquelles se référer. Sur le terrain, ces derniers ont plus souvent qu’autrement fait de leur mieux. Une politique gouvernementale s’impose. Selon nous, elle doit s’articuler sur deux plans, soit le respect du patrimoine culturel du Québec et la séparation de l’Église et de l’État.  

Les mesures que nous proposons s’inscrivent au sein d’une démarche autonomiste où le Québec assume pleinement son destin et son développement. Une constitution interne intégrant nos valeurs communes permettra de faire du Québec une société plus forte et plus unie.  Une modification constitutionnelle à la Charte canadienne des droits et libertés permettra de redonner  toute son importance à la réalité du Québec. Un leadership clair du gouvernement facilitera le travail des milliers de gestionnaires publics qui vivent sur le terrain la problématique des accommodements. 

Le projet collectif du Québec se doit d’être rassembleur. Il doit donner le goût à tous, peu importe d’où nous venons, de s’y investir. Pour y parvenir, l’à-plat-ventrisme ne peut servir de politique.  La confiance en l’avenir du Québec, la fierté nationale et l’espoir constituent de bien meilleurs moteurs d’inclusion et de développement. En 2008, notre société a besoin d’un projet porteur et rassembleur qui fera enfin gagner le Québec.

- 30 -

(1) L’article 27 se lit actuellement comme suit : « Toute interprétation de la présente charte doit concorder avec l’objectif de promouvoir le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens. ».